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L’atelier s’est ouvert pour moi…


 … L’atelier s’est ouvert pour moi le 22 février.

Dans ces jours encore sombres où la lumière se fait rare, il est de tradition de trouver la chaleur et le réconfort ailleurs. Cet ailleurs, c’est pour une petite dizaine d’adhérents, dans les deux heures de l’atelier de Cécile qu’ils viennent le puiser.  Immergé dans ce repère majoritairement féminin, il n’en faut pas moins à l’étudiant pour se sentir intimidé et questionné. « Clairs de plumes » est une association toute jeune qui s’est donnée pour ambition « modeste » de se faire rencontrer les amoureux de l’écriture dans un module qui permette l’épanouissement et le développement des compétences de chacun. Pour qu’une recette littéraire soit digeste, il faut que les ingrédients soient pluriels, que les horizons des uns se confrontent avec les univers des autres. Ces écrivains de l’extrême, uniques dans leur façon de se raconter, mettant en prose des faits de tous les jours, jouant les acrobates en réalisant des voltiges de haut vol, s’amusant des mots comme le chat s’amuse de la pelote… c’est un peu de tout cela que Cécile semble nous parler dans ses présentations vaporeuses qui vont bien plus loin que les mots. S’inspirant de certaines de ses lectures pour proposer des « exercices » à ses « élèves », elle cherche dans les œuvres ce qu’on y lègue de plus commun. Cette chose sans bruit, qui ne se dit pas mais qui permet à l’anonyme de se troubler face à un tableau de Picasso, qui offre au passant un instant de contemplation devant une statue de Rodin, au même titre qu’elle offre au lecteur un émerveillement des sens qui ouvre des portes, fouillant dans les profondeurs de l’homme et peignant en lettres noires sur des pages blanches les combats, luttes, amours, peurs, … l’essence de l’ humanité. Les adhérents se prêtent au jeu, et en une petite demi-heure, eux aussi griment des feuilles à la recherche du sentiment, cadrage juste de la « consigne » du « professeur » et de l’appropriation de celle-ci par l’écrivant. Au bout du chronomètre, la lecture à haute voix permet à chacun de s’imprégner de la composition du camarade : essayer de la comprendre, de l’interroger, et de façon plus implicite de s’échapper. Chaque écrivant, par les inducteurs proposés, doit simplement s’exercer à l’écriture pour parvenir à la longue à se rapprocher de ce vers quoi l’écriture l’entraîne. Il ne s’agit pas, dit Cécile, de former des écrivains, l’atelier ne s’inscrit pas dans cette démarche. De quoi rassurer l’étudiant crédule  qui pensait toucher du doigt une vérité en questionnant sur l’élitisme de la littérature. Si elle reconnaît le cliché tenace, Cécile n’en demeure pas moins une fervente partisane de l’écriture pour tous dans une démarche artistique adaptée. La collectionneuse d’encriers se fait une joie de défendre une littérature modeste et accessible, ce qui passe avant tout par des rapports et une ambiance saine entre les participants de l’atelier. Sans mentir ou reléguer l’héritage des siècles passés, la littérature de Cécile se veut moderne et « dépoussiérée » des représentations pas toujours  positives qui ont voyagé à travers les âges. Sans s’en tenir pour absolue, sa théorie a néanmoins le mérite de tenter une approche à découvert, pour laver les malversations d’une histoire longtemps écrite par et pour les élites. On se prend à être différent une plume à la main et toute la nature de l’écriture réside justement dans cette subtile alchimie qui nécessite de s’oublier pour pouvoir se rencontrer sous des formes imagées. L’écriture est bien un art dans sa variante littéraire car elle se fait en miroir d’un monde auquel on appartient jusque sur la solitude du papier. Imaginer, croire, penser, rêver, partager… autant de verbes qui font l’écriture mais qui ne suffisent pas sans les quelques clés de tout ces passeurs au service d’un art qui se tâche lui, de tout ces gribouillis de vies. Alors oui, on se passionne pour l’écriture et l’espace d’un temps on fait corps avec et on s’en enrichit. Voilà, la séance d’aujourd’hui est finie et dans l’éphémère de ces deux heures, on a balayé toute une éternité.

                                                                                                                                                      Alexis